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dimanche 15 janvier 2012

On veut des vœux !





Il y avait foule pas plus tard qu’avant hier à la salle communale : tous brûlaient d’envie d’entendre encore une fois la bonne parole, le premier discours de l’année du premier magistrat de la commune phare du canton.



On craignait un peu la répétition de celui de l’an passé, qu’il ressemblât à celui de l’inauguration de la plaque étoilée, mais il n’en fut rien et on avait un peu interverti les paragraphes et le maire a bien parlé, endossant même, c’est assez culotté, les habits de Jaurès.

Certes, on n’attendait pas là ce défenseur des opprimés, ce farouche opposant au régime dictatorial de son temps, se risquant à dénoncer les « lois scélérates ».

Mais, bon, l’effet a été marqué à la culotte par des applaudissements chaleureux qui ont encouragé notre orateur à poursuivre dans cette voie : évoquant avec une émotion contenue les âmes solitaires, les personnes souffrantes et abandonnées, les démunis et ceux qui vont le devenir, les enfants du pays errant à l’orée du village sans trouver à se loger à cause de l’égoïsme de certains que je ne nommerai pas en ce jour de trêve, tous ces vieux qui seraient mieux dans une maison de retraite au lieu de se morfondre au logis ..., il conclut par ces paroles ésotériques empruntées à un journal satirique :

« Je vous ai fait des promesses. Je vous en ferai encore »

Une femme éclata en sanglots, brisée par l’émotion. Un enfant se mit à crier.

Galvanisé par l’enthousiasme général, un habitant, verre à la main, exécute un magistral entrechat avec double salto arrière. Sa voisine éclaboussée lui tombe dans les bras. On se congratule, on s’embrasse, on pleure, on rit. Le délire est total.

The last, but not the least, comme il dit chez nous, le maire monte sur un tabouret, tousse et réclame le silence :

« Mes amis, » dit-il, « mes très chers amis, en ce jour exceptionnel, je me permets de lever mon verre au nom de la fraternité et de la tolérance. »

La foule médusée retient son souffle...

« N’oubliez pas de rendre un vibrant hommage à nos adversaires dont j’ai toujours en secret admiré la combativité, la justesse de leur point de vue, leur désintéressement. « A vaincre sans gloire on triomphe sans péril » a dit le grand Corneille. J’ai honte en ce jour exceptionnel des expédients que j’ai dû employer pour leur tenir tête. « Dura lex, sed lex », comme je le dis toujours. Ce qui signifie que c’est moi que je suis le maire. 

Aussi, portons un toast à tous ceux que je n’ai pas invités mais que nous admirons dans le secret de notre cœur.

Et demain sera un autre jour.

Bonne ...nnée ! »