Affichage des articles dont le libellé est humour. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est humour. Afficher tous les articles

dimanche 2 février 2014

Le paradoxe de Nanar







Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé,
Et de tous les côtés au soleil exposé,
Six forts chevaux tiroient un coche.

La Fontaine – Le Coche et la Mouche




Il avait eu une mauvaise journée ; réveillé en retard, parti en retard, retardé par un départ à froid laborieux, - une bougie march'mal comme il disait - bloqué deux fois de suite dans une rue montante, étroite, malaisée, par un bus pratiquement vide et des voitures roulant sur un embryon de trottoir, il était arrivé sur le chantier en retard.
Evidemment !
Le petit chefaillon l’avait reçu avec un vanne destiné autant à l’équipe qu’à l’intéressé : « Tiens ! V’là l’ Ressonnais dynamique ! Presse-toi surtout pas l’ancien ! »
Faire rigoler sans risque, c’est le petit plaisir offert par la casquette de chef, comme d'habitude...
Toni ne pouvait pas se permettre de perdre son boulot...
« Une journée de maçon..., Prof ! » grogna-t -il en avalant son blanc gommé1. « Une journée de m..., oui ! »

« Et ça veut dire quoi « dynamique » ? C’est parce qu’on a des panneaux en pagaille, des lavoirs en série, des radars qui nous disent qu’y a pas eu de soleil, une borne électrique et un cerisier devant la maison du maire qu’on est dynamique ?. Faudrait-t-y pas aussi mettre le blason sur not’ papier toilette pour rappeler qu’on a presque terminé l’assainissement ?
Dynamique, tu parles ! »
Toni s’emportait, les mots se précipitaient, toute la rancune accumulée dans cette journée de ... maçon remontait au jour avec l’aide traitresse d’un petit ballon de blanc gommé, propre à délier les langues et dont on ne se méfie jamais assez, toute vérité n’étant pas bonne à dire...

Profitant que Toni reprenait son souffle – c’est ainsi que souvent le dialogue peut devenir possible – son ami prit le risque de le contrarier dans sa folie.
« Mon petit Toni, je te concède que les motifs de satisfaction invoqués sont du genre discutable. Mais, nom d’une pipe, réfléchis mieux et tu verras toi-même que l’étiquette « village dynamique » est parfaitement méritée »
Toni avait renoncé à discuter. Morne, le visage fatigué, il semblait absent, résigné à tout entendre ...
« Bien sûr, disait Nanar, que ce village est bougrement dynamique ! Dynamique, comme il ne la jamais été. Et je vais encore te surprendre... »
« C’est grâce à notre maire, qu’il est devenu dynamique ! »
Effondré par cette apparente trahison, ce retournement de veste, ce honteux coup de poignard dans le dos, Toni écœuré se leva pour partir...
« Attends, mon cher Toni, laisse-moi parler.
Dans une commune gérée avec bon sens pendant des lustres , avec l’honnêteté qu’on est en droit d’attendre de la part des élus soucieux de mettre leur compétence au service de chacun, sans choix partisan, refusant les opérations de prestige et les projets personnels au profit d’une gestion raisonnée et équitable de la commune, les habitants s’étaient reposés sur leurs conseillers et sur leur premier magistrat, n’ayant rien à craindre de leurs décisions.
Ils n’avaient tout bonnement qu’à se laisser dorloter !
Mais, tout a changé avec le dernière municipalité : ayant sans réserve usé et abusé du droit que concède la fonction de passer outre aux traditions en usage dans notre commune (comme heureusement dans la grande majorité des autres communes),et de triturer les textes de loi pour leur faire dire ce qui pourrait être utilisé contre des contradicteurs devenus de plus en plus nombreux au fil des jours, le maire a obligé la communauté à se ressaisir.
Pris pour un veau, l’administré a pris peu à peu conscience de la nécessité de faire entendre sa voix. Face à l’obstruction systématique et confronté de multiples tentatives d’intimidation, il s’est renseigné, il a appris à se défendre avec un matériel imaginé à tort comme hors de portée.
Dynamique, il l’est devenu grâce à Monsieur le maire dont il a su balayer les innombrables plaintes infondées, en gagnant des batailles juridiques, en parlant à l’oreille des médias.
Et je ne compte plus les foyers où Monsieur le maire a fait entrer le progrès informatique !
L’un faisant l’acquisition de l’ordinateur portable dont il ne voyait jusque là aucune utilité sauf à recevoir la blague oubliée depuis la disparition de l’almanach Vermot ; l’autre échangeant son vieux téléphone pour une tablette, le plus jeune échangeant sur Facebook ; le moins ado se laissant séduire pour un mobile « free », le concept free lui laissant entrevoir un fournisseur d’accès à la liberté.
Et l’information circule dans un village dynamique grâce à qui ? » 
« Bien raisonné », dit Maria !  A l’entrée de la porte, elle avait suivi toute la conversation sans intervenir. (Quand l’homme parle, avait dit Audiard ... )
« Et si vous avez besoin de moi, n’hésitez pas », avait –elle ajouté.
Le professeur Nanar pris de court, ne sut que répondre, mais Toni qui avait repris tous ses esprits regardait Maria avec ravissement :
« C’est entendu, Maria ... Mais ne sors pas le rouleau à pâtisserie. Ce n’est pas le genre de la maison ! »

--------------------------------------------------
1 – Dans le jargon du zinc, le blanc gommé, c’est du vin blanc additionné d’un peu de sirop de sucre.


samedi 4 janvier 2014

A plat !











Il avait tout révisé : bougie, vis platinées, filtre à air et même donné un coup de soufflette dans le « gigleur » comme dit son cousin Gaston.

Gaston qui lui avait aussi conseillé de mettre 100 à 200 grammes de plus dans les boudins.

Il avait précisé :

« Sûr que tu vas sautiller un peu plus sur les nids de poules, ça fait pas un pli, mais tu vas gagner 5 kilomètres au bas mot ! »

« Faut voir », avait répondu Toni, séduit par la relativité ...

En rentrant du chantier, histoire de voir si la bleue avait profité des soins prodigués, il fait un crochet par la rue du radar, le machin qui sert aux gamins de l’école à tester leurs performances à vélo...

Un bon coup de pédales pour aider la bête, et allez, poignée dans le coin ! Toni fonce, plein gaz  et d’espoir !

Cruelle déception : Telle sœur Anne au plus haut de la tour guettant le frère espéré dans le chemin qui poudroie, l'arbre de Noël dynamique ne voit rien venir !
Aucun signe de son passage en trombe !

Pas même un petit nombre, un petit 30 dont Toni se serait contenté. Rien, quoi !

Un deuxième passage ne fait qu'augmenter le désarroi de notre ami.

«  Ma bleue serait-elle, en dépit de mes efforts éclairés, à ce point victime de l’obsolescence programmée ? » demande Toni à son cousin mécano.

«  Qu’est-ce que t’es ballot, l’Ancien ! Attends l’été pour tester ta grosse cylindrée. Ton truc, il fonctionne qu’au soleil ! »

Sur le coup, Toni se sentit à la fois rasséréné, mais quand même un peu ... comme la lune.

Moralité : Installé pour contrôler la vitesse, le truc n’a dénoncé que ... la précipitation.

Ne pas confondre !

Crédit photographique : Rapport d'activité du conseil municipal - Août 2013 - Sécurité routière (page 10)

dimanche 29 décembre 2013

Du bon usage des citations



















Définition - But recherché – Sources – Écueils

La Larousse définit la citation comme étant l’action de citer, de rapporter les mots ou les phrases de quelqu’un, paroles, passage empruntés à un auteur qui fait autorité ».

Le but recherché est double :
·         d’une part, introduire dans l’esprit du lecteur l’idée qu’on a une bonne connaissance de l’œuvre de l’auteur cité, c'est-à-dire qu’on est « cultivé » ;
·         d’autre part, faire imaginer à ce lecteur qu’on partage les idées de l’auteur cité, obligatoirement un personnage célèbre connu par exemple pour ses prises de positions courageuses. Une manière de parrainage sous forme de révérence, en quelque sorte.

« Tu t’honores toi-même, et celui qui honore
L’honneur que tu lui fais par ta docte chanson. »
J. du Bellay - Les Regrets

Inutile de mentionner que l’auteur cité n’est pas souvent en mesure de refuser ce petit service rendu à « l’insu de son plein gré » (citation1).

Sources : Elles sont multiples : la radio, la télé, le cinéma (cf Audiard, régulièrement cité), la chanson la bande dessinée ...

« Ô tempo’a, ô mo’es ! 2» (Citation énoncée par Baba - Astérix en Corse, p. 18)

Les sites Internet vous feront gagner un temps précieux : il y en a pour tous les goûts, toutes les occasions, du pire et du meilleur... Vous n’avez qu’à puiser à pleines mains dans le tas !

Une autre solution, plus honnête intellectuellement parlant, et plus sûre, serait de faire plus ample connaissance avec l’ouvrage d’où est tirée la brillante citation sur laquelle vous avez jeté votre dévolu. ; De vérifier dans la foulée si l’œuvre et l’homme ont été fidèles l’un à l’autre...

Les écueils : Pour être efficace, une citation ne doit pas se contenter d’être bien choisie ; sa fonction est aussi d’introduire le sujet.
Si elle se contente d’être allusive, si elle n’est pas illustrée, commentée, replacée dans une situation connue du lecteur, elle aura l’effet ... du cheveu sur la soupe.
Un mauvais usage de la citation peut se révéler dévastateur pour celui qui en a usé.

Illustrations :

« Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous ... »3
Citation historique, un peu pompeuse dans la bouche d’un élu dont la dimension n’est pas celle d’un président de la nation la plus puissante du monde !
De plus, maintenant que tout le monde connaît le parcours de JFK ; la référence fait un peu désordre.

« Le temps ne fait rien à l’affaire ... »
Effectivement, la chose est tellement évidente que le lecteur ne peut qu’applaudir Brassens.
A éviter.

« Pour reconnaître que l’on n’est pas intelligent, il faudrait l’être. »4
Sophisme plein d’humour, très apprécié dans la chanson, mais moins à l’entrée d’une médiathèque : le passant recevra le message comme un affront, à moins qu’il ne retourne avec raison le compliment à l’afficheur.
Effet boomerang.
A éviter.

« Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez les exprimer»
Citer Voltaire (Arouet pour les intimes) quand on a passé son temps à interdire, porté plainte sur plainte, quand on a placé tous les obstacles possibles, permis ou non, afin de limiter, voire interdire, l’accès aux documents administratifs, rédigé de nombreux arrêtés ;   quand on a imposé des sanctions financières à ceux qui ne partagent pas votre point de vue... se réclamer de la liberté d’opinion, c’est légèrement grotesque5, non ?

Et citer Voltaire en tant qu’exemple de tolérance envers les idées de ses contradicteurs relève de la plus haute fantaisie. En fait, Voltaire n’a jamais cessé de ferrailler contre ceux qui ne pensaient pas comme lui : contre la religion, entre autres combats ; contre Fréron, ridiculisé sur la scène (Le Café ou l’Ecossaise)...

Mauvaise pioche !

Et le croiriez-vous ?
Vous n’en reviendrez pas : Voltaire, non seulement n’était pas du genre à écrire cette phrase, mais en plus, il ne l’a jamais prononcée !6

Si la citationite vous démange, vérifiez au moins vos sources ... !

----------------------------------------------------------------------------------------------------------
1 - Les Guignols de l’Info – Canal +
2 – NDLR : O tempora, o mores (Quelle époque ! Quelles mœurs !) – Cicéron
3 - Discours inaugural de John Fitzgerald Kennedy, 35e président des États-Unis
4 – Ceux qui ne pensent pas comme nous – Georges Brassens
5 – Doux euphémisme (NDLR)
6 - Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, conservateur du Musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d‘Evelyn Béatrice Hall : [il s’agit] « de ma propre expression. » (Voir ci-dessous l’utilisation de cette citation « cheveu sur la soupe » en introduction du dernier journal municipal. http://www.ressonslelong.com/upload/Doc_Paragraphe/bm%202013%2012.pdf )


 


mardi 3 décembre 2013

Bouffée de chaleur chez Toni







Quand Nanar est passé tout à l’heure chez Toni pour lui rapporter la pédale qu’il avait réparée pour sa meule, il eut comme qui dirait l’impression qu’il y avait de l’eau dans le gaz ; bref, que Toni faisait la baboune !

Courageux mais pas téméraire, il s’abstint de toute réflexion, mais Maria visiblement excédée ne prit pas autant de précautions :
« Vous tombez mal, Professeur Nanar ! Monsieur est vénère. Et vous ne savez pas pourquoi ? »

L’interpelé n’eut pas besoin de s’enquérir ; il était clair que Maria avait envie de monter au front et de vider son sac.

Se tournant vers son mari renfrogné :
« Ben, dis-lui, toi, que je ruine les finances du ménage !  Que je gaspille le fuel ! Que je chauffe la rue ! »

Toni crut utile de se justifier :
« Je confirme : y avait au moins 25 degrés dans la baraque quand je suis rentré ce matin à 7 heures. Les radiateurs étaient bouillants. Une véritable étuve ! »
Et en guise de conclusion, cet aphorisme qui ne souffre aucune discussion :
- Les femmes, ça n’a pas de bon sens.
- Continue, mon petit macho ; dis à ton ami combien tu envisages de me retenir sur l’argent du ménage... Cinq cents euros, qu’il a dit, pas moins ! Faut dire que le fuel est à 10 euro le litre chez Toni ! Pas mal, hein !

Le professeur n’en menait pas large ; prendre parti est dangereux. Fuir est peu glorieux !

Un ange passe ...

Et repasse ...

« Je pense à quelque chose », hasarda le professeur ... « Je pense que le chauffage est réduit pendant la nuit ... Et même coupé, peut-être ? »
«’fectivement », grogna Toni, toujours aussi peu aimable. « Et alors, ça change quoi ? »
« Et tu n’as jamais entendu parler d’inertie, de temps de réponse ? »
La mauvaise humeur l’avait jusque là rendu idiot. La curiosité le réveilla.
« Explique, Prof ! »
« Voilà, » dit Nanar, « j’ai une petite théorie sur le sujet. Bien entendu, tu n’es pas obligé de la partager, mais je vais quand même te l’exposer, vu que chez moi, elle se confirme depuis des années ...
Quand ton chauffage se remet en route, il faut beaucoup de calories pour compenser le déficit de température. Un apport important d’eau très chaude ... »
« Je comprends ça, » dis Toni, « mais je ne vois pas le problème : t’as un thermostat, Prof ; y va couper aussitôt que ta température demandée est atteinte, non ? »
- Bien sûr qu’il va couper la circulation, Toni, mais tu crois qu’il va vider tes radiateurs ? Faut le temps, mon gars ! L’eau va continuer pendant un bon bout de temps à chauffer ta pièce ... Et tu vas te retrouver avec 21, 22, parfois 23 degrés. Et en entrant, tu vas râler comme un âne rouge !
Et tu vas engueuler Maria !

Dire que Toni était convaincu serait hasardeux, mais il réfléchissait, ce qui est un signe d’intelligence trop peu courant chez nos semblables.
« Alors, c’est quoi qu’il faut faire », finit-il par dire ?
« Déjà, au départ, ne pas engueuler sa femme, » déclara Nanar « ce n’est ni juste ni efficace. Lui piquer l’argent du ménage, ça n’arrangera pas non plus ta gamelle ... »

Toni avait un peu perdu de son assurance.
« T’as sûrement un truc à me proposer, vieux filou ! »
« Je n’ai pas, » dit Nanar, « une solution géniale. Pas une révélation capable d’éblouir le petit râleur qui commence par gueuler avant de réfléchir, mais voilà comment je fais : le matin, je mets le thermostat sur 18 ; les radiateurs chauffent ... Je mets 19 au thermostat quand on a 19 dans la pièce... »
« Et quand il y a 20 dans la pièce, tu le mets à 20 ! »
« Je vois que tu as tout compris, » dit Nanar. « Un bon point pour toi : t’es pas con ! »

« Et j’espère que Maria acceptera tes excuses ... »

« A plus ! »


vendredi 8 novembre 2013

Mais où sont passés les bonimenteurs d’antan ?











Maria revenait du marché du village. Elle rentrait la mine lasse, découragée.
« Ça, un marché ! », souffla-t-elle. « Deux malheureux attendant un client égaré dans le coin. En plus, la station service fermée ... »
« Je sais », dit Toni. « C’est triste, vu qu’il n’y en a plus qu’une maintenant ; et qui pourrait bien mettre aussi la clé sous la porte dans peu de temps. »

Il est vrai qu’avec sa bleue, Toni s’en sortait toujours : tu pousses le cran sur le volant, et tu pédales. Quand ça descend, c’est l’Amérique ! Quand ça monte trop fort, tu marches à pied. Super !

Le professeur Nanar semblait sourire à l’exposé enthousiaste de ce moyen de transport. Mais ce sont des images enfouies dans sa mémoire qui remontaient soudain à la surface :
« Tu peux pas imaginer ce que c’était le marché autrefois ... Quand je sortais de l’école le samedi à midi – ben oui, on allait à l’école le samedi, mon gars – je devais passer par la place du marché pour prendre le tram. Alors, là, y avait tout au bout les marchands de vêtements, de rubans, de dentelle, de chaussures ; puis, plus loin, les bouchers et les charcutiers sous la halle ; on tombait plus loin sur les fruits et les légumes ... Et y avait un monde ! Et les vendeurs te faisaient leur boniment, vantaient leur production. On parlait pas bio , mais c’était bio !
Mais attends : là, au coin, c’était les camelots, les bonimenteurs, les artistes du bagout, de l’illusion. Les badauds s’agglutinaient pour entendre leur numéro de cirque :
« Pour 10 francs, vous partez avec ce magnifique lot de 5 couteaux en acier inoxydable, auquel j’ajoute le couteau à pain, le couteau à désosser, le couteau de poche et bien sûr l’indispensable couteau à éplucher les pommes de terre ! Je ne fais aucun bénéfice ... »
Un autre saisissait la casquette crasseuse d’un compère qui protestait pour la forme ; il la lui rendait bientôt  plus éclatante de couleurs qu’une neuve.
Puis venait inévitablement le moment de mettre la main à la poche ; le groupe s’éparpillait comme une volée de mouches.
Chaque samedi, le spectacle était différent, le saltimbanque répugnait à revenir là où il avait réussi à escroquer quelques naïfs. Forcément, quand vous croyez avoir fait une affaire sur un lot de pierres à briquet et que vous vous rendez compte qu’il s’agit de bouts de rayons de vélo, le camelot a intérêt à changer de région !... »

Nanar était intarissable sur le sujet ; le film restait intact ; il était à nouveau en culottes courtes et son sac d’école, il le sentait peser dans son dos ...

« Finalement, c’est quand même bien », dit Maria, « qu’il n’y ait plus de nos jours ce genre d’individus qui vous racontent n’importe quoi, qui cherchent à vous faire prendre des vessies pour des lanternes ... »

« C’est pas que je m’ennuie avec vous, mais il se fait tard », dit le professeur Nanar. « Je ferais bien de rentrer ... »

Il n’avait pas envie d’assombrir davantage l’humeur de ses amis en leur ouvrant les yeux sur ce sujet...

-------------------------------------------------------------------------------------------

Lu dans le dossier de révision du PLU de Ressons (PADD – page 9) :

" Limiter le besoin de déplacement
La municipalité souhaite limiter le besoin de déplacement des habitants de la commune en favorisant le commerce de proximité ainsi qu'en développant une zone commerciale aux abords de la RN 31 où pourraient être implantées au moins une moyenne surface commerciale ainsi qu'une station service. "


dimanche 27 octobre 2013

Avis d’orage















Toni qui a toujours eu avec le ballon de Muscadet un rapport difficile devenait de moins en moins euphorique. Certains deviennent gais. Lui, ça le rend sombre, amer. Lucide, en somme ...

In vino, veritas ...

«  Qu’est-ce qu’y en a comme malfaisants », finit-il par grommeler.

Le visage ahuri du professeur Nanar l’incita à éclairer tant soit peu cette remarque d’une banalité affligeante. Au lieu de s’égarer dans les longs préliminaires habituels, il vida son sac :

- Ben oui, Prof, c’est encore mon voisin Monsieur Leroy ; il dit comme ça tout partout que je l’ai traité de c...

- Et ?

- Ben, non, pas du tout. Je causais des c.... en général. Il a pris ça pour lui.

- « Qui se sent morveux ... »

Toni ne releva pas.



- En réalité, il est furax depuis que j’ai refusé de lui céder un morceau de mon terrain. Il disait que j’avais pas besoin de tout ça ... que lui, il en avait besoin pour mettre sa bagnole à l’abri, que j’étais un égoïste ... et patin et couffin. Et finalement, c’est bien lui qui a déclaré que j’étais un sale c...

- Mouais, dit Nanar, grossier, mal embouché, et pas très inspiré ; c’est un peu court !

Il resta silencieux un moment, comme perdu dans ses pensées ...



Puis il sortit de sa rêverie.



- Sais-tu, Toni, dit-il, qu’il aurait été amusant de développer un peu la chose en somme.



Par exemple, parodiant Audiard : « si la connerie se mesurait, tu serais le mètre étalon »

Populaire mais excessif : « plus con, tu meurs ! »

Admiratif : « toi, t’es pas la moitié d’un con ! »

Insinuant : « Celui que te prend pour un con, c’est qu’il te connaît ! »

Dubitatif : « Pour être con à ce point, faut avoir suivi des cours ! »

Emphatique : « Dans la grande armée des cons, tu serais au moins général ! »

Attristé : « On n’a pas le droit d’être aussi con. C’est illégal ! »

Présidentiel : « Ben alors, casse-toi, pauv’ con ! »

Empruntant à Raimond Dronne son slogan peint sur sa Jeep : « Mort aux cons ! » qui fit dire au Général : « Vaste programme !».



Mais si tu m’en crois, Toni, le plus difficile est encore de se bien connaître et tel qui prend le voisin pour un c... devrait s’inspirer d’une épitaphe exposée à la vue de chacun et qui dit en substance que pour savoir qu’on est c..., faudrait pas l’être !



« Vaste programme » !



Et encore distinguer les différentes catégories de cons comme le fit si bien entendre Georges Brassens : y a les braves et y a les teigneux.

Les premiers s’amusent, ils nous font rire ; les seconds prennent leur pied en nous pourrissant l’existence.


vendredi 11 octobre 2013

Le digest du lundi soir









Le professeur Nanar n’en croyait pas ses yeux ; les autres fois, même dressé sur la pointe des pieds, il avait eu bien du mal à déchiffrer le petit format devenu traditionnel.
Il admira la jolie couleur de la punaise, le généreux format A4 inhabituel, tout en admirant la pertinence de l’emplacement d’un document, qui avait jusqu’alors interdit l’information à toute personne de petite taille : enfants, individus ne dépassant pas 1 mètre 90, ayant la vue basse et qui, par voie de conséquence – le bruit en court – aurait manqué de hauteur de vue.

A Toni, il avait rapporté l’évènement :
- Maintenant que les conseils sont régulièrement affichés, tu devrais y aller faire un tour. Je parie un rhum que c’est instructif !
- Pourquoi pas, répondit naïvement Toni !
A Maria qui mettait la table, il déclara pompeusement :
- Longtemps, je me suis couché de bonne heure, mais ce soir, y a conseil. Laisse-moi un peu de salade et une tranche de jambon ...
- Tu ne veux pas aussi des madeleines, souffla Maria.

Cheminant par la rue étroite, il se voyait déjà assis devant l’imposante table entourée de fronts soucieux, penchés vers d’impressionnantes piles de dossiers ; il imaginait les âpres discussions, le ton qui monte pour un point controversé ; il pressentait le dur consensus, il subodorait le compromis chronophage ...
Il fut bien obligé de convenir devant Nanar qu’il avait eu tout faux.
- J’ai bien failli m’endormir, Prof ! Je cognais des clous1... Heureusement, la séance a été expédiée en cinq sec2 ...
- Pas de débat, pas d’opposition, pas d’objection, pas de demande d’éclaircissement ?
- Ben, juste une petite blagounette à deux balles de temps en temps pour le cercle rapproché. Un vanne3 ou deux pour les visiteurs ;  et pis c’est tout ...
Le copain Nanar avait plutôt l’air de se marrer.
- C’est bien que tu aies pu te rendre compte toi-même. Tu aurais pu deviner qu’en passant du quart de feuille au format réglementaire, il fallait bien faire des économies sur le compte-rendu, ; que tu aurais droit tout au plus à une version expurgée, un résumé, un reader’digest comme on dit !  Et encore, juste ce que tu as le droit et le devoir de savoir.
Allez, console-toi en pensant que t’as pas raté le foot sur Canal.
- Ben non, reconnut piteusement Toni, j’ai juste manqué quelques minutes et y avait encore pas  de but.

--------------------------------------------------------------
1 – Piquer du nez - Allusion aux mouvements de la tête d’un spectateur qui lutte contre le sommeil.
2 - Pourquoi « sec » n'est-il pas au pluriel ? Eh bien simplement parce qu'il s'agit ici d'un adverbe comme on le trouvait dans "payer sec" (comptant), "boire sec" (sans couper le vin avec de l'eau) ou actuellement encore dans "couper sec" ou bien "aussi sec". – www.expressio.fr
3 - Le professeur Nanar utilise ce terme désuet au masculin au sens de « pique ».