Marcel
n’est pas ce qu’on appelle un intellectuel…
Boby
Lapointe – Comprend qui peut.
« C'est l'histoire d'un mec qui se plaint de sa
copine :
- Elle me demande du fric tous les jours, Elle me
harcèle !
- Tu vas te retrouver sur la paille en cinq sec avec
cette nana...
- Tu rigoles...J'y en donne jamais.
Le professeur Nanar aurait pu dire qu’il la
connaissait
depuis l’âge des culottes courtes, mais Toni était si visiblement content de sa
sortie qu’il aurait été injuste de le priver de sa jubilation.
« Mon cher Toni, elle est bien bonne, et je
vais même te surprendre, en te disant qu’elle est tout à fait d’actualité ;
je vais t’en donner la preuve... »
Et
Nanar de sortir de son portefeuille un papier qu’il déplie soigneusement, lisse
longuement de la main pour en effacer les plis et pour faire monter
l’impatience de son ami ! ...
« Voilà »,
dit-il enfin ; « c’est la liste officielle établie par la mairie – donc c’est du
lourd - des visites qu’un ami a faites, semaine après semaine, dans l’espoir trop
souvent déçu, de prendre connaissance des innombrables arrêtés, réponses,
compte-rendu divers, que tout administré est en droit selon la Constitution de consulter
dans la Maison Commune »
« Pourquoi donc en faire le relevé. La chose
est surprenante », dit Toni ...
-« C’est
assez clair : comme dans ton histoire, l’astuce consiste à dénoncer les
demandes mais sans mentionner l’obstination avec laquelle elles sont ignorées
ou méprisées.
Il faut faire croire aux autorités compétentes que
le maire est victime de ... « harcèlement » et qu’on fait perdre son
temps à la secrétaire à cause des nouvelles attributions qu’il lui a imposées.
La démonstration comporte un inconvénient
majeur : elle met en évidence que « la
consultation de documents à disposition dans le
hall de la mairie » (sic) est considérée comme un délit. »
« Oui », dit Toni, « l’élégance du procédé me rappelle
quelque chose ...Bon, moi, je trouve ça plutôt rigolo, surtout maladroit quand
on fait le calcul et qu’on constate que ça fait l’équivalent d’une visite par
semaine ... »
« Soit
18 minutes par semaine », ajoute
Nanar ...
« Soit moins de 3 minutes par jour »,
surenchérit Toni habitué à jongler sur le chantier avec le calcul sans crayon,
comme du temps où la calculette n’avait pas encore fait trop de dégâts ...
« C’est vrai ; au fond, c’est plutôt
marrant ... »
Le
professeur Nanar se sentait l’esprit taquin tout d’un coup :
« Jette
donc un œil sur la plage horaire :
- du 9 novembre 2012 : une visite s’est
prolongée jusqu’à 25 h 28 !
- du 23 novembre, la secrétaire a attendu le départ
du délinquant jusqu’à 25 h 29 !
- par contre, le 29 mars 2013, le visiteur a dû
passer à moto : pas de temps homologué. »
Et
Toni, pour ne pas être en reste, pose son doigt sur le 31 juillet :
-
Là, on devait l’attendre et il est sûrement
pas venu : y a rien de marqué !
-
Ben
si, maintenant, y a une belle trace de gras ; t’as mangé du pâté.